Premier novembre 2009
Navarre
Le noyer a semé ses feuilles en grosses plaques que la pluie colle sur l’herbe mais qui respirent encore doucement sous le rabot du vent.
Il griffe la lourde grisaille du ciel de ses longs doigts tordus
Plus loin, une voute de branches tressées protège le sentier de la brume froide et, comme les arcades d’un cloître, l'invitent à venir méditer au creux de l’intimité des bois.
Les collines aux alentours déroulent son enfance et, tapie dans un creux, l’église que dévoile dans un long balancement ce vent de novembre qui écarte des cimes dépeuplées l’entraine vers des instants mystiques qu’il sait disparus.
Mourir ici, ce n’est pas mourir.
Ce n’est que fondre la pâleur de l’instant dans une épaisseur froide d’éternité.
Les fusils claquent, proches.
Il se souvient de la der des ders, de ces paysans aux mains calleuses et au regard d’enfant que la boue et le sang ont terni ou de ces ouvriers gouailleurs que les sifflets et la mitraille ont empaquetés de silence.
Mais là, tordue, ce n’est pas la statue raidie de boue d’un poilu qui se tasse au fond d’une cave de pierre creusée au flanc de la colline. C’est le corps dénudé d’une femme dont un entrelacs de racines ocres et noires souligne la pâleur.
Ses chaussures bien rangées devant ses vêtements pliés et empilés donnent à la scène une couleur décalée.
Sogliano siffla son chien qui démêlait plus loin dans les broussailles la trace d’un gibier avant de composer le 17 sur son téléphone portable.
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